Troisième album pour l’artiste français inclassable nommé HIPPOCAMPE FOU. Depuis le début, oscillant entre rap et chanson française, le chanteur se livre et décrit la vision unique de son art. A l’occasion de la sortie récente de TERMINUS, son dernier album, RENCONTRE AVEC…

HIPPOCAMPE FOU, comment vas-tu ? Pourrais-tu te présenter aux lecteurs de SUPERBE MEDIA qui ne te connaîtraient pas ?

Je vais très bien, merci ! Je suis un rappeur/conteur/chanteur. Je fais de la chanson-rappée d’où le fait d’être entre deux mondes. Je raconte des histoires en parlant de moi et des gens qui m’entourent.

Pour commencer, d’où sort ce blaze incroyable ?

L’hippocampe est vraiment un animal bizarre car il ne ressemble pas aux autres poissons. J’ai toujours voulu avoir un style personnel et différent des autres. L’hippocampe est dans le rap mais il n’est pas comme les autres poissons. Et puis quand tu creuses un peu, tu te rends compte que c’est le mâle qui porte les oeufs et je suis plutôt dans l’esprit papa au foyer. Le matching est parfait !

Quel est ton rapport avec le monde marin ? 

Le rap AQUATIQUE a évolué, car il est devenu CÉLESTE sur le deuxième album et il est désormais underground. Je voulais avoir une cohérence d’un album à l’autre. C’est une sorte de trilogie. Le premier album est dans les fonds marins, puis l’eau de mer s’évapore pour former les nuages, ensuite il pleut et l’eau retombe sur/sous terre. L’aventure continue donc avec TERMINUS qui finalise ce cycle de l’eau. Cela m’a également permis d’explorer les différents éléments naturels à savoir l’eau, l’air, la terre et le feu car quand tu fais du rap AQUATIQUE, tu éteins plus le feu que tu ne l’attises.

Quelles sont tes premières approches de ton art ?

Mon art est un grand terrain de jeu. Jouer avec les mots, raconter des histoires, placer des doubles sens, alterner avec des choses personnelles mais également plus fantaisistes, c’est ce que j’aime ! A la suite de mes études de cinéma j’avais envie de raconter des histoires. Le rap a un débit plus important que la chanson classique, tu peux donc raconter plus de choses et placer plus d’idées avec tes mots en les associant. 

Ton univers est dense, tout comme ta musique et tes influences. On a plus l’impression d’ouvrir un livre et de lire tes histoires, plus que d’écouter un disque. Est-ce que tu en as le sentiment ?

Oui, j’aimerais alors que ce soit un imagier. Un livre pour enfants sans textes. J’aime jouer avec les mots, mais j’aime aussi que le tout soit fluide et que l’auditeur ne soit pas à s’arrêter sans cesse sur la beauté des mots ou la richesse du vocabulaire. J’aime l’idée d’un rap pictural plutôt que littéraire. Après je n’ai pas envie de rentrer dans la facilité, je complexifie donc mes phrases pour que les images soient encore plus denses. Je veux que les gens aient le temps d’écouter chacune des mes images.

Quelles sont tes influences rap de base ?

IAM, MC SOLAAR, NTM, WU-TANG CLAN, BUSTA RHYMES, CYPRESS HILL et les FUGEES. J’ai commencé avec ces bases là. Ensuite j’ai creusé pour découvrir toute cette culture et cet art.

Comment te places-tu dans le rap actuel ?

Pendant longtemps je me suis dit que j’étais un OVNI, mais aujourd’hui on est entouré d’ OVNI. J’essaye d’affiner mon art, en me posant la question « Qui suis-je aujourd’hui ? » . Je ne suis plus spécialement jeune et fougueux (tout en gardant un peu de folie) car je suis également papa. Je dis que je fais de la « chanson-rappée », car dans le mot « chanson » il y a un presque un côté désuet, un peu quand tu aimes chiner de beaux vêtements qui ont une âme et une histoire.

Quels sont les artistes rap dont tu te sens le plus éloigné artistiquement mais qui t’intéressent le plus ?

Je dirais PNL avec ce côté super “Auto-Tuné” ou la forme prime tandis le fond est plus abstrait. Sur mon dernier album j’ai essayé de faire quelque chose d’acoustique, pour être dans une forme d’intemporalité plutôt que d’avoir des morceaux qui se copient les uns les autres pour essayer d’être dans la musique du moment. Je pense qu’il vaut mieux être avant-gardiste que de suivre le troupeau. Après qui dit avant-gardiste dit également d’allez chercher dans du vieux et des inspirations qui sont moins évidentes comme dans le jazz ou la chanson française. Cette profondeur m’intrigue, alors que le style de rap dit “Banger”  veut simplement transmettre l’énergie, l’état d’esprit et le felling d’un instant T. Quelqu’un qui l’écoute et le découvre pour la première fois dira que c’était la musique que l’on écoutait à un certain moment, dans les années… Je pense qu’il faut être plus précis, plus minimalisme et ne pas faire la course au son le plus lourd et moderne.

Tu dis que l’identité slam te dérange un petit peu. Peux-tu nous expliquer pourquoi ?

Non, ce n’est pas l’identité slam. Simplement on a collé l’étiquette slam à des artistes comme GRAND CORPS MALADE ou ABD AL MALIK etc… Alors que le slam, c’est plus un lieu, une situation et un ressenti.  Le slam en musique n’existe pas ou alors c’est A Capella et enregistré dans un bar. On a tendance à dire que le slam c’est le côté parlé, alors qu’en fait c’est du “Spoken Word”, comme peut le faire SAUL WILLIAMS ou encore GAËL FAYE.

Quelle serait ta définition de la « chanson-rappée » ?

Aborder des thèmes variés que l’on retrouve dans la chanson avec une technique qui s’apparente au rap.

Te considères-tu comme un artiste hip-hop ?

L’étiquette me va, mais je ne veux pas que l’on vienne me reprocher de ne pas revendiquer la culture hip-hop de puriste. Mes racines sont hip-hop mais aujourd’hui je suis très attiré par la chanson française qui a un autre héritage. C’est pour ça que je fais de la « chanson-rappée ».

TERMINUS est l’intitulé de ton dernier album. Comment doit-on l’interpréter ? Est-ce le début ou la fin de quelque chose ?

C’est la fin d’un parcours et peut-être le début d’un nouveau voyage.

C’est également ton troisième album. Qu’avais-tu nous à nous raconter de différents après AQUATRIP et CÉLESTE, tes deux derniers albums ?

J’avais envie d’être plus sincère et de partir de moi. Tous les morceaux sont nés d’envies profondes qui ont rencontré les talents de compositeur de MAX PINTO qui a principalement réalisé l’album. MAX PINTO a travaillé avec énormément d’artistes différents, c’est un caméléon qui joue avec toutes ses techniques. Son terrain de jeu est riche. Tout cela forme un tout qui me présente beaucoup plus que les précédents albums, qui à l’inverse partaient un peu dans tous les sens. 

Sur cet album de 12 titres, DANS LE FOND, FALLAIT PAS RIGOLER, PAS LE TEMPS et UNDERGROUND sont orienté rap. Les huit autres titres sont clairement chantés. Est-ce que tu te tournes de plus en plus vers la chanson ?

Je ne veux pas passer de cases en cases. Si je quitte le rap ou si l’on a plus envie de me considérer comme un rappeur, ce n’est pas pour me retrouver dans une autre case. Je suis hybride. Il faut que mon art reste inclassable.

Sur scène, c’est une sacré histoire ! Peux-tu expliquer qu’elle est ta volonté lorsque tu te produis sur scène ?

J’ai pris des claques pendant toute ma vie de spectateurs. C’était généralement des spectacles mouvementés, énergiques mais également intimistes… Comme le SAÏAN SUPA CREW ou encore DIE ANTWOORD, etc… Le côté ultra-festif et l’énorme générosité de ce genre d’artistes me plait ! Donc j’essaye de faire cela, beaucoup d’énergies, de l’improvisation et de l’émotion avec en plus le côté mise en scène visuelle.

GAËL FAYE avec qui tu as collaboré sur le titre « PRESQUE RIEN » sorti il y a deux ans, à gagner il y a quelques semaines le prix “Révélation Scène 2018” aux dernières Victoires de la Musique. Qu’est ce que cela représente pour toi ?

C’est un grand frère qui réussit. J’ai énormément de respect/d’admiration pour son travail, une profonde amitié et le voir réussir comme ça, c’est beau. C’est quelqu’un d’humble, de modeste et de talentueux. Ça fait tellement plaisir que quelqu’un comme cela soit récompensé. Aussi, on travaille avec le même équipe, ce qui me permet de voir le noyau d’un projet qui grossit et qui marche. GAËL FAYE ouvre des portes pour des artistes comme moi.

Quelles sont  tes trois marques de sapes françaises préférées ?

J’en ai deux : MAISON LABICHE et KENZO.

En quoi HIPPOCAMPE FOU #CESTSUPERBE ?

C’est superbement insolite et personnel à la fois !

Derniers mots ? Un message ?

J’ai kiffé le sweat-shirt du shooting ! Belle expérience car je suis pas trop du genre à faire attention à mon attitude. C’était cool de jouer le jeu du shooting, donc j’espère que vous me trouverez pas trop moche !

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Propos recueillis par @Hector Sudry Le Dû.

Crédit photos : @Joanà Calas.

Crédit vidéo : @Hendy Harsanto.

HIPPOCAMPE FOU TERMINUS #CESTSUPERBE