Considéré comme l’un des meilleurs kickeurs de l’hexagone et l’une des figures de proue de l’âge d’or du rap français, BUSTA FLEX, revient en 2018 avec la réédition exceptionnelle de son premier album éponyme sorti en 1998. 20 ans après, le mc d’Épinay-sur-Seine, est toujours actif et compte bien montrer qu’il en a encore sous le capot ! L’occasion parfaite pour SUPERBE MEDIA de revenir avec lui sur sa période fondatrice, son expérience et son actualité imminente cette année. RENCONTRE AVEC…

BUSTA FLEX, comment vas-tu ? Pourrais-tu te présenter aux lecteurs de SUPERBE MEDIA qui ne te connaîtraient pas ?

Ça va très bien, merci ! Je suis un rappeur d’Épinay-sur-Seine (93), j’ai sorti 5 albums dont mon premier album éponyme réalisé par KOOL SHEN de NTM et qui a fait disque d’or. Je sors aujourd’hui ce premier album en réédition pour fêter ses 20 ans.

Tu as découvert la première fois la culture hip-hop avec l’émission RAP LINE, présentée par OLIVIER CACHIN, sur M6. Qu’est ce qui t’as frappé avec cette découverte ?

De découvrir, d’entendre et de voir du rap ! Je l’ai pris comme un beau spectacle. Je n’étais pas encore artiste à l’époque, donc de voir tous ces codes en action m’a énormément parlé.

Si je te dis, SULEE B WAX, LIONEL D, RICO, PUPPA LESLIE, SAXO. Ça te dit quoi ?

Ça me dit comment j’ai découvert le rap français. Ce qui m’a donné envie de rapper, c’est ce freestyle de 1989 à Radio Nova dans lequel tout ces rappeurs étaient réunis. J’avais 12 ans et je l’ai découvert sur une K7 que mon grand frère avait apporté. Je me suis pris une claque parce que j’entendais du rap en français. C’est vraiment ça qui m’a donné envie. J’ai appris la cassette par coeur et elle m’a donné beaucoup de ficelles. Ce sont des mecs pour qui j’ai énormément de respects et notamment SULEE B WAX, avec qui j’ai travaillé par la suite et qui est aujourd’hui mon ami. C’est fantastique !

A l’époque, tu étais un jeune rappeur qui voulait tout défoncer sur ton passage. Tu avais d’ailleurs monté un groupe avec ton frère intitulé « Original Blue Funk » . Peux-tu nous parler de ta motivation à l’époque ?

Ma motivation à l’époque était de montrer qu’on pouvait faire du rap français mais comme les américains. J’entends par là d’avoir la même forme même si on ne vivait pas le même quotidien. Artistiquement ma motivation était la ! Au niveau de la forme je voulais que cela se rapproche le plus possible de ce que j’écoutais chez eux. Mais il fallait aussi prouver  sans cesse qu’on en avait sous le pied, ça allait avec !

Quelle était l’ambiance de l’époque ?

Que du kiff’ ! De la grosse passion pour tout le monde ! Il n’y avait pas beaucoup d’artistes signés ! Donc beaucoup de passion et de kiff’ sans penser à faire carrière.

Au moment de ta découverte de toute cette culture, quels groupes de rap français t’influençaient le plus ?

Ce sont les LITTLE MC. Malgré le fait que j’étais un grand fan de NTM, les LITTLE MC se rapprochaient tellement du rap américain à la EPMD que j’appréciais. Je les ai vraiment saigné. Il y avait du contenu, du flow, ça sonnait “cainri”… C’était également des personnages (sur leur pochette d’album ils sont habillés en costume) et à l’époque c’était rare de se mettre en costume pour des rappeurs. C’était la classe.

En 1995, le concert “PARIS SOUS LES BOMBES” de NTM te met une gifle. Peux-tu nous dire pourquoi ? 

Parce que je n’avais jamais assisté à un concert de rap français avant. C’était au zénith et j’étais dans la fosse. Je me suis pris une grosse claque car j’entendais et voyais ce que je voulais faire mais amplifié au maximum. NTM prenait un plaisir fou sur scène en échangeant véritablement avec son public. Cet échange m’a donné envie d’apporter cela également au public.

C’est là aussi la première fois que tu rencontres les NTM dans les loges. Comment s’est passé cette rencontre ?

Elle a été très concise. Une connaissance en commun, nous a présenté et je leur ai dit « Je suis un rappeur du 93 aussi, je viens d’Épinay-sur-Seine, j’arrive, j’vais tout défoncer… ». J’étais très arrogant à l’époque. JOEY STARR m’a regardé de haut en bas et m’a dit « Bah, vas-y arrive ! » . J’avais la honte, j’ai fermé ma gueule et je suis retourné bosser. Trois ans plus tard, les gens savent ce qu’il s’est passé !

Entre-temps tu rencontres ZOXEA, non ?

Le problème est que l’on ne se rappelle plus du moment exact de notre rencontre. Toujours est-il que l’on s’est retrouvé chez lui, à Boulogne-Billancourt (92), avant de sortir mon premier album BUSTA FLEX. C’était réellement la première fois que l’on a partagé un vrai moment ensemble à l’occasion de l’enregistrement d’un morceau commun chez lui. Le mieux quelque part ! Après, une fois signée en maison de disque, je l’ai re-contacté pour que l’on retravaille ensemble ce fameux morceau, et puis de fil en aiguille c’est devenu mon pote !

Cet premier album éponyme a totalement changé ta vie, tout comme une autre rencontre à savoir KOOL SHEN (qui a réalisé la totalité de l’album). Comment s’est faite cette rencontre et le travail ensemble sur cet album ?

La rencontre s’est faite chez Sony Music. On s’est retrouvé nez à nez par hasard dans l’ascenseur ! Il m’a dit «  T’es BUSTA FLEX ? » et c’est à ce moment là que j’ai compris qu’il me connaissait, surtout qu’il voulait en plus discuter avec moi car il était intéressé pour réaliser mon premier album. J’ai tout de suite accepté ! A partir de là, il a commencé à me coacher, me professionnaliser et me canaliser car j’étais encore en amateur. Il m’a vraiment pris sous son aile pour que je fasse un album respectable.

Est-ce que le collectif 4 MY PEOPLE s’est crée avant ou après la sortie de ton premier album ?

Pendant ! Beaucoup d’affinités se sont créées lors des différentes rencontres autour de cet album, notamment avec ZOXEA, KOOL SHEN et le producteur MADIZM (producteur de NTM également). Nous avons décider de former un équipe. On a, du coup, placé un logo 4 MY PEOPLE sur mon album pour faire un peu de promo. Dans l’équipe, à ce moment là, il y avait ZOXEA, KOOL SHEN, MADIZM et moi. Ensuite, SEC.UNDO et LORD KOSSITY sont arrivés. Par la suite, SERUM, SALIF, LES SPÉCIALISTES, JEFF LE NERF ont intégré le collectif, mais moi j’étais déjà parti.

Considéré par beaucoup comme un classique du rap français, qu’est ce que représente la réédition de ce premier album éponyme ?

Beaucoup d’émotions. Je suis très content. Je n’aurais jamais imaginé ça car pour moi c’est surtout dans la variété qu’on fait des rééditions. Le fait de se dire que ça m’arrive à moi, pour fêter les 20 ans d’un album qui a fonctionné, c’est beaucoup d’émotions. Je me dis que même si ma carrière n’est pas terminée, j’ai au moins une réédition à mon actif. C’est mortel !

Peux-tu nous parler des productions sur cet album ? 

Bien sûr. A la base je les ai choisi moi même puis elle ont été validées par KOOL SHEN. J’avais carte blanche sur le choix des prod’. MADIZM m’avait proposé beaucoup de prod’ qu’il m’envoyait sur K7. Ensuite, je voulais absolument travaillé avec SULEE B WAX qui a produit « POURQUOI ». ZOXEA a produit les morceaux « 1 POUR LA BASSE » et « JOB A PLEIN TEMPS »DJ MARS et DJ SEK de TIME BOMB ont produit « ESPRIT MAFIEUX » en featuring avec OXMO PUCCINO. SULLY SEFIL que j’avais rencontré à l’époque de LONE m’a aussi réalisé de très bonnes prod’. J’ai également proposé deux prod’ à moi avec l’ « INTRO » et « FREESTYLE SESSION » avec NTM

Dans cette réédition, on retrouve aussi un deuxième cd avec de nombreux titres parmi tes plus connus après 1998 et on constate que ta vibe est encore plus agressive. Peux-tu nous parler de ce choix de morceaux ?

J’ai fait exprès. Je voulais une sélection qui tabasse. Également pour formaliser les choses en compilant de gros featurings et des morceaux forts. L’ordre des morceaux est également symbolique pour marquer l’évolution de mon style au fil des années. L’idée est que si quelqu’un découvre pour la première fois ces morceaux, qu’il se dise qu’il est passé à côté de tout ça.

Qu’est ce que représente le fait de rapper sur scène avec NTM en 2018 ?

Le graal ! J’ai trouvé l’anneau ! Symboliquement je ne peux pas rêver mieux dans ma carrière. Ça je ne l’imaginais pas. C’est une bonne surprise. Les trois soirs on été réellement magiques, en donnant 200% de soit avec un plaisir immense. C’est les grands, ils niquent tout, c’est l’équipe, c’est la famille et les gens n’attendent que ça ! Je l’ai dit et je le redis, c’était les concerts de ma vie. Vivre ça et de faire partie de cette équipe là, et je ne pense pas que je le revivrais.

Le rap français et plus largement la culture hip-hop a du mal à se voir vieillir en France, et à trouver une légitimité aux yeux du grand public alors qu’elle a posé les fondations de sa culture. Es-tu d’accord avec ça ? Si oui, pourquoi selon toi ?

Je suis entièrement d’accord. Malheureusement je pense que les gens ont encore peur. Certains codes, certaines étiquettes, malgré que le rap soit la musique qui se vende le plus en France, qu’il y est des soirées partout et que la culture hip-hop soit partout sous toutes les formes. Je pense que tout cela fait encore un peu peur et que dans les codes de l’audiovisuel français, on est encore trop sauvage.

Quelles sont les références rappologiques de toujours de BUSTA FLEX ?

New-York. J’ai commencé avec ça.

Te sens-tu encore et toujours un rappeur du 93 ?

Toujours ! Je l’ai tatoué sur moi ! Ça ne bougera pas !

Quel est ton impact dans la vie de la culture hip-hop et des jeunes rappeurs actuels ?

Je pense que je n’en ai pas en ce moment. Mais l’impact va arriver avec le travail fait sur cette réédition et avec les autres projets qui vont sortir. Je pense que la jeune génération va me découvrir.

Quelle est la vie d’artiste de BUSTA FLEX aujourd’hui ?

Je suis en studio ! Je ne fais que ça ! Je travaille mes prochains projets et j’enregistre aussi d’autres artistes.

Tu es un rappeur répertorié « Boom Bap » mais tu as toujours été très ouvert aux nouvelles sonorités. Comment abordes-tu le style « Trap », que l’on ne présente plus depuis depuis 2 ans en France ?

Quand le « Crunk » et le « Dirty South » ont émergé, je n’ai pas compris. Quand la « Trap » est arrivé, j’ai eu du mal à m’y mettre, donc j’ai arrêté de rapper pour comprendre car je n’étais pas dans le délire. A un moment donné, je suis arrivé au bout de mon rap, au bout de mes techniques, au bout de tout. Quand j’écrivais, le jus n’était pas le même, l’inspiration n’était pas la même car le rap avait changé. Là je te parle des années 2007-2008, avec cet album de trop SEXE, VIOLENCE, RAP ET FLOUZE VOL.2. Pour moi cet album n’est pas ma meilleure proposition au public. J’étais arrivé au bout du BUSTA FLEX que j’avais crée. Donc quand le « Crunk » est arrivé, je n’avais plus vraiment de repères, la tendance est passée et moi je courrais derrière. Donc j’ai décidé d’arrêter de rapper. J’ai écouté et j’ai travaillé. A partir de 2015, j’ai commencé à comprendre le truc, j’ai enregistré plus de morceaux « Trap », on m’a invité sur des featurings « Trap » et petit à petit j’ai décidé de me faire plaisir à alternant « Boom Bap » et « Trap » . Pas mal de morceaux sont préus et dans la réédition qui sort aujourd’hui, il y a un titre « Trap » qui donnera un aperçu de ce qui va arriver. Donc de la « Trap » dansante à la BUSTA FLEX va arriver.

Quelles sont les nouvelles références rapologiques de BUSTA FLEX aujourd’hui ?

MEEK MILL, MIGOS, DESIIGNER, KENDRICK LAMAR, DRAKE et TORY LANEZ aux États-Unis. En rap français, je dirai FIANSO, NIRO, SOOLKING, HORNET LA FRAPPE, NINHO, ALONZO.

On ressent toujours le même amour de ta passion et de ta culture quand tu en parles. T’en rends-tu compte ?

Non ! Mais ça fait plaisir !

Tu es un amoureux de sapes ? D’ou vient cet amour pour le style ?

Ca vient d’abord de mes parents. Après je me suis intéressé à la culture américaine avec le basket-ball et le rap. Cette culture mélangeait tout ce que j’aimais donc mon style a été inspiré par ça pour m’habiller. Ensuite la rue est arrivée là dedans avec un style encore plus urbain. Je m’habille selon mon humeur, les styles et les tendances.

Quelles sont tes références en termes de sapes ?

J’aime les coupes d’aujourd’hui. J’aime le mélange rock et hip-hop. Niveau marques, je vais porter du NIKE et du JORDAN. En sapes françaises, j’aime porter SIXTH JUNE et PROJECT X.

Tu es aussi un gros fan de sneakers. Ton morceau « KICK AVEC MES NIKE » a marqué les esprits mais également la couverture de ton album BUSTA FLEX sur laquelle tu portes des NIKE Air Jordan XIII (l’année 1998 correspondant à l’année de sortie du modèle NIKE Air Jordan XIII). Peux-tu nous parler de cette passion ?

D’ailleurs les NIKE Air Jordan XIII ressortent en juillet ! Cette passion a commencé avec le rap et le basket-ball. J’aimais les baskets que les joueurs portaient. En te parlant, je vois une paire d’AVIA que CLYDE DREXLER portait quand il jouait au Portland Trail Blazers. Quand je voyais de belles baskets, ça me parlait. Pour moi, les sneakers c’est la base du style. Avoir une belle montre et une belle paire de baskets, ça t’habille. Je suis vraiment bien quand j’ai une paire neuve ou qui se marie bien avec mes vêtements. C’est trop important ! Les baskets pour moi c’est vitale ! C’est une manière aussi pour moi de m’exprimer. Ça va avec mon humeur.

Ton Top 3 sneakers ?

3 – NIKE Air Max 90.

2 – NIKE Air Jordan III.

1 – NIKE Air Jordan IV.

Quelles sont  tes 3 marques de sapes françaises préférées ?

Comme je l’ai dit, SIXTH JUNE, PROJECT X et UNKUT.

En quoi BUSTA FLEX #CESTSUPERBE ?

Parce qu’il est trop fort !

Derniers mots ? Un message ?

La vie est belle et que la musique soit avec vous !

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Propos recueillis par @Hector Sudry Le Dû.

Crédit photos : @Joanà Calas.

Crédit vidéo : @Hendy Harsanto.

BUSTA FLEX #CESTSUPERBE