Premiers mots échangés avec l’artiste et premiers signes d’une maturité évidente. TENGO JOHN, le jeune rappeur parisien aussi talentueux qu’humble vient de sortir son dernier projet intitulé MULTICOLORE. Un projet sous forme de mixtape marquant un tournant majeur dans l’évolution de l’artiste mais qui pourrait être facilement rangé dans la catégorie « Albums importants de l’année 2018 ». RENCONTRE AVEC…

… TENGO JOHN, comment vas-tu ? Pourrais-tu te présenter aux lecteurs de SUPERBE MEDIA qui ne te connaîtraient pas ?

Ca va très bien ! Moi c’est TENGO JOHN, rappeur parisien de 22 ans. Je fais du rap, mais j’essaye de faire en sorte que ça ne soit pas réductible uniquement à cela, d’où le titre de mon projet MUTICOLORE.

Tout d’abord, d’où vient ton blaze ?

Il est là pour marquer une dualité. TENGO sur l’aspect asiatique/latin/hispanique et JOHN qui serait plus l’aspect occidental. Lorsque je voulais changer de blaze à l’époque, j’avais noter TENGO JOHN dans ma liste. A cette période ma mère m’avait offert un livre lors d’un moment important de ma vie, dans lequel le héros s’appelait TENGO. Ça m’a sauté aux yeux ! Egalement, Jean est mon deuxième prénom et en anglais ça donne JOHN.

Peux-tu nous expliquer comment et pourquoi tu t’es mis au rap ?

J’avais besoin d’écrire. J’étais en quête de quelque chose en tant qu’artiste. C’était un exutoire, un défouloir dans lequel je me retrouvais le soir en sortant de cours, ou en heure de colle. Je m’évadais en écrivant !

Quelles sont tes références artistiques dans le rap ?

En rap français, je dirais ESPIEEM et son groupe CAS DE CONSCIENCE avec L’ÉTRANGE, L’HOMME DE L’EST et FILS PRODIGE. J’ai été aussi beaucoup marqué par la SCRED CONNEXION mais également par le collectif L’ENTOURAGE qui a des rappeurs incroyables comme NEKFEU, JAZZY BAZZ, ALPHA WANN, DEEN BURBIGO… Je suis très influencé également par BOOBA et plus récemment en Belgique par DAMSO ou encore KRISY. Aux USA, ceux qui m’influencent en ce moment sont TYLER THE CREATOR, KENDRICK LAMAR, A$AP ROCKY, CHANCE THE RAPPER, KANYE WEST… Toute la scène de Chicago, etc….

Ton rap est basé sur le « kickage ». Es-tu d’abord avec cela ? Comment pourrais-tu qualifier ton rap ?

Non, je ne suis pas trop d’accord avec ça car sur MULTICOLORE j’ai essayé de développer différents styles et donc proposer une palette plus large. Mon rap est vrai avec très peu de filtres. Mon rap est entier.

Ton premier projet sortie en 2013, « ARC-EN-CIEL », est un projet que tu préfères cacher. Ensuite, il y a eu « TORTUE DE JADE » puis « N+UV » avec OCHO. Quelles sont pour toi tes progressions majeures entre ton premier projet de 2013 et aujourd’hui « MULTICOLORE » ?

En 2013, c’était une première pierre et ce qui est drôle c’est qu’on retrouve un peu de lui dans MULTICOLORE. TORTUE DE JADE, c’est MUTICOLORE en 10 fois moins abouti. N+UV m’a apporté quelque chose de plus sombre et plus “kické”. Mon dernier projet MULTICOLORE est vraiment la somme de tout ça. Clairement, mon évolution est visible sur 2-3 morceaux comme L’OEIL DU CYCLONE que j’ai écrit dans un mood incroyable en Guadeloupe. Je trouve que c’est mon morceau le mieux écrit. Ensuite il y a le morceau 3 SABRES (PART.1) sur lequel j’ai appris que je pouvais faire des morceaux “kickés”, égo-trip et sur de la trap. Puis MULTICOLORE est arrivé.

« MULTICOLORE » qui vient de sortir est le titre de ton premier “gros projet” et c’est une mixtape. Pourquoi avoir sortie une mixtape et pas un album ?

Parce que je n’ai pas le niveau de faire un album. Ni la prétention, ni l’ambition, ni l’envie. Je sens que ce n’est pas le moment. Je ne suis pas prêt. Je n’ai que 22 ans, je suis tout jeune et je trouve que je n’ai pas encore passé le cap de faire un album car je me suis pas encore assez trouvé artistiquement.

Pourquoi l’avoir intitulé « MULTICOLORE » ?

Pour montrer la diversité de ma musique. Souvent les gens t’enferment dans des cases, alors qu’au finale quand tu écoutes MULTICOLORE, il y a de nombreuses couleurs musicales.

Qui est le TENGO JOHN de 2018 ?

Il est plus serein. Il est plus  sûr de lui maintenant que MULTICOLORE est sorti et il est soulagé d’avoir livré ce projet.

Tu as une réelle volonté visuelle aussi bien sur les pochettes d’album que dans tes clips, avec un univers que l’on pourrait qualifier de « Rétro-Futuriste » . Peux-tu nous en parler ?

C’est important pour moi de développer une esthétique particulière. J’aime beaucoup ce qui est coloré et ce qui sort de l’ordinaire. Je suis un gamin de la fin des années 90 et j’ai été influencé par tout ce qui est pop-culture, tout ce qui est coloré dans une époque où tout est mondialisé. Ça peut-être des références à de l’art américain, asiatique, africain, hispanique. On est à une époque où toutes les cultures et les visions esthétiques s’entremêlent et j’essaye de faire ressortir la mienne. J’aime quand il y a de la recherche et quand je peux m’identifier à l’artiste sur tous les plans.

Tu es proche d’EDEN DILLINGER, que l’on retrouve sur « TRASHTALK » (2016) et sur « COLLISION » (2018). Peux-tu nous expliquer votre rencontre et votre rapprochement artistique ?

On s’est connu comme deux rappeurs, mais vraiment amateurs et pas sérieux. On est vite devenu deux potes. EDEN c’est la famille. On a fait une multitude de morceaux ensembles qui ne sont jamais sortis. Il m’a fait rencontré OCHO. On se connaît depuis 7 ans !

Egalement peux-tu nous parler de tes rapports avec  PRINCE WALLY ?

WALLY est un ami. On s’est rencontré à L’Albatros de Montreuil et on a tout de suite accroché. Il respire la bonté. Je crois que c’est le gars le plus cool que je connaisse. Le mot cool a limite été crée pour lui. Il est décontracté, il respire la bienveillance. Que de l’amour sur PRINCE WALLY. C’est un rappeur que je respecte et qui me fascine. 

Qu’est ce que tu aimes dans le rap actuel ? Et à l’inverse que détestes-tu ?

J’aime la diversité. Après je trouve la scène actuelle globalement superficielle dans le sens ou tu peux travailler ton esthétique sans que ça devienne ton fond de commerce. Tout comme tu peux trouver une certaine attitude et une musicalité sans délaisser le sens. Il y a toujours un équilibre à trouver. Je trouve que beaucoup d’artistes de ma génération sont trop nihilistes dans leurs propos et développent trop de mensonges par rapport à la réalité. Mais globalement, je trouve que cette proposition de diversité est incroyable, c’est l’âge de diamant !

Des artistes français avec qui tu voudrais collaborer sur un prochain morceau ?

Enormément. Ce serait des rêves de gosse alors je dirais ESPIEEM, KOMA de la SCRED CONNEXION, BOOBA le numéro 1, DAMSO, JAZZY BAZZ

Lorsqu’on regarde tes visuels et tes clips, on sent que tu aimes la sape. Qu’est ce que tu aimes dans le fait de te saper ?

Bien me sentir dans mes baskets. Je m’habille sans me soucier du regard des autres. Pour me faire kiffer. C’est un petit péché mignon. D’un point de vue artistique, c’est important d’y faire attention, car cela fait partie de ton identité visuelle. 

Est-ce que tu crois qu’il y a une vraie approche du vêtement français dans le style hip-hop actuel ?

Oui je pense. Quand on regarde les clips français et les clips américains, on voit que les français ne s’habillent de la même façon. Parfois même, les américians nous reprennent des concepts, comme les chaussettes au-dessus du survêtement. Les gars des quartiers aux USA ne s’habillent pas du tout comme les gars des quartiers en France. Aujourd’hui, dans une cité française, si tu mets un baggy tu te fais charrier. Il y a une vraie identité française dans la mode, car beaucoup de rappeurs aiment porter des marques françaises comme LACOSTE. Après on aimerait bien que les marques françaises s’ouvrent et fassent des partenariats avec le hip-hop français. On est la musique la plus écoutée, on est la nouvelle pop ! Le vent à tourner, il faut mettre les voiles avec sinon ces marques ne vont plus avancer.

Quelles sont tes marques françaises préférées ?

CHRISTIAN LACROIX (ça va faire plaisir à ma mère),  LACOSTE et ATELIER BEAUREPAIRE.

Pourquoi TENGO JOHN #CESTSUPERBE ?

Parce qu’on recherche le beau et l’art est censé nous amener vers le beau. Même l’art qui représente des choses laides, sublime ces mêmes choses. Pourquoi #CESTSUPERBE ? Parce que tout ce qui est de l’art est SUPERBE.

Derniers mots.

Soyez prêts pour la release party et soyez prêts pour l’après MULTICOLORE.

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Propos recueillis par @Hector Sudry Le Dû.

Crédit photos : @HarfeVisual.

Crédit Vidéo : @HarfeVisual.

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TENGO JOHN MULTICOLORE #CESTSUPERBE