Le rappeur toulousain Fadah sort un nouvel album le 04.10.2019. Entre ses inspirations, son parcours et sa vision de la musique, rencontre avec…

Salut Fadah, comment vas-tu ?

Très bien et toi-même ?

Très bien merci. Peux-tu te présenter aux lecteurs de Superbe qui ne te connaîtraient pas ?

Fadah, 29 ans. Rappeur basé sur Paris actuellement ayant vécu pas mal de temps à Toulouse donc représentant aussi cette scène. J’ai pas mal vadrouillé, autant en France qu’à l’étranger, notamment Montréal pendant quelques temps. Je sors un album à la rentrée qui s’appellera Furieux

C’est pour ça que l’on voit « Furious » écrit partout dans ton dernier clip ?

Oui, c’est une idée lancée par le réalisateur avec qui nous avons travaillé. Il a écouté le projet et bien saisi l’univers. Nous lui avions proposer des grandes lignes et cette idée en est sortie. Ça résume bien l’univers du projet.

Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi tu t’appelles Fadah ?

C’est par rapport à mes premiers amours dans le rap, plutôt marseillais. Le rapport à la folie aussi, dans le sens de se sentir marginalisé parce qu’on n’est pas normal, ou ne rentrant pas dans une norme. Ça représente ces idées.

Est-ce que te considères-tu comme un artiste fou ?

Emprunté par une certaine folie, mais je pars du principe qu’on a tous une part de folie en nous. Moi, elle s’exprime par le biais de la musique.

Ok, tu es originaire de Paris, mais c’est vraiment à Toulouse que tu as commencé à rapper, quel a été le déclic pour te mettre au rap ?

Le premier déclic ça a été la rencontre avec MeTroNom, un beatmaker et ingé-son faisant parti du crew Kids of Crackling, duquel fait partie un certain Mani Deïz. Cette rencontre m’a aidé à réaliser mon premier album « Les loges de la folie ». Et le deuxième déclic a été quand j’ai intégré le groupe Omerta-Muzik avec qui j’ai fonctionné pendant pas mal d’années sur Toulouse, qui a été un tremplin au niveau de la scène aussi. C’est notamment par le biais de ces personnes là que j’ai pu faire mes premières vraies scènes à Toulouse et en France, et ensuite défendre mon travail en solo.

Tu te définit comme un artiste qui ne suit pas les tendances. En 2019, quelles seraient pour toi les tendances à ne pas suivre ?

Quand je dis que je ne suis pas les tendances, c’est surtout que j’essaye d’abord de proposer quelque chose qui m’est propre. Je ne rejette rien. Dans la tendance actuelle il y a des choses que j’aime beaucoup. Comme le fait d’apporter de plus en plus de mélodie, comme le fait de composer de plus en plus aussi. Je viens du rap « old school », notamment sur les instrus. A base de samples. Ces côtés de la tendance actuelle je les prends sans aucun souci. Quand je parle de tendances c’est plutôt au niveau de ce que je peux dégager dans mon personnage et dans ce que je peux raconter dans mes textes. Le but n’est pas de me mettre en valeur, et j’ai l’impression que la tendance en ce moment est celle-ci. Être le plus beau et le plus fort, ne m’intéresse pas.

Tu veux mettre en valeur ta musique.

La musique, et me présenter tel que je suis, avec les travers aussi qui font qui je suis.

Je comprends mieux. On te retrouve aussi bien sur des instrumentales empruntée par l’électro, que sur des prods. plus trap un peu planantes, comme sur ton dernier morceau «  BPM ». Qu’est ce que tu aimes dans cette recherche de sonorités différentes ? »

Dans dans la musique en général j’aime beaucoup la fusion entre plein de choses. Quand les gens s’amusent à mélanger plein de d’influences diverses et variées. C’est ça qui m’intéresse à la base. J’ai fait la rencontre de BLV, un producteur parisien il y a deux ans. Il vient de l’électro et bien plus encore puisqu’il travaille dans plein de styles différents et c’est notamment cette rencontre qui a pu me permettre d’exprimer à fond ce que je pouvais nourrir en moi depuis pas mal de temps, et que j’avais du mal à exprimer parce que ce n’est pas toujours évident de trouver la bonne personne avec qui travailler les sonorités que tu as en tête. Donc oui, aussi bien du rap, de l’électro, de la soul, du rock…

Tu viens plus du rock ?

De base, en tant qu’auditeur, oui. J’ai rencontré le rap assez tardivement. C’était plus vers 17 ans que je suis devenu un vrai geek du rap. Avant je venais plus du ska, du rock, du reggae.

Justement ton dernier titre dépeint une société de consommation qui est prête à tout pour vendre. Quelles sont pour toi les dérives les plus graves actuellement dans notre mode de consommation actuel ?

L’esclavage moderne. Le fait d’avoir ce reflex d’un besoin à contenter dans la minute. Tout vouloir tout, tout de suite, sans réfléchir aux conséquences que ça peut avoir.  Sans partir dans des phénomènes hyper éloignés, même en bas de chez soi, il suffit de regarder les modes de consommation. Ça ne se répercute pas de manière toujours positive sur les gens. C’est le propos principal de ce morceau. L’esclavage moderne et la façon de le mettre en image, c’était de faire un pont avec la fin de la chaîne qui est la consommation. 

Tu dis sur le refrain : “recherche des battements”. Es tu vraiment en manque d’humanité en ce moment ?

C’est complètement ça. En tous cas il y a une ambiance globale que je pense que l’on ressent tous quand on est un minimum sensible. Les battements du cœur, référence à l’humain, à l’amour, la recherche d’humanité.

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J’appellerais ton rap, du rap engagé. C’est relativement rare en 2019, en as-tu conscience ?

Complètement. J’ai été amené à gamberger aussi. Ce n’est pas comme ci j’avais à parler de mon rap tous les jours de la semaine non plus, ni à le définir. Aujourd’hui effectivement en 2019 dire que t’es un rappeur engagé ou conscient ou autre, c’est tout de suite vu comme quelque chose de péjoratif. Parce que ça renvoie à quelque chose de pompeux, prétentieux, de chiant, moralisateur. Effectivement j’aurai tendance à te rejoindre sur le fait que c’est un pléonasme. Parce que tu n’as pas forcément besoin de défendre l’écologie ou la paix dans le monde. C’est à partir du moment où tu apportes un message de toute façon t’es engagé. Donc oui, et ça ne me pose pas de problème d’être défini en tant que tel.

Ton art se caractérise par ton amour pour l’écriture, qu’est ce que tu aimes dans le fait d’écrire, et quels sont tes mentors dans cette approche ?

Ce qui me fait du bien, c’est de me relire. Ça permet de prendre du recul sur soi-même, mettre les mots sur papier, que ce soit pour écrire un texte de rap ou même un texte sans rime, je trouve ça toujours intéressant de mettre des mots sur papiers. Ce n’est pas pour rien que lorsque l’on est gamin, filles ou garçons peuvent se retrouver à avoir un journal intime. Je trouve ça intéressant, et trouve que c’est important dans la construction. 

Mon premier mentor c’est Akhenaton, le premier qui m’a foutu des grandes gifles sur la façon de raconter sa vie. Oxmo Puccino de la même manière. Pour ce qui est du rap c’est ça. 

Je dirais que ton rap semble animé par la passion pure de ce mouvement, et par la rage de s’exprimer, est-ce que tu es d’accord avec ça ?

Oui, après quand tu parles de mouvement, je ne suis pas forcément le rappeur modèle dans le sens ou j’ai beaucoup de lacunes en termes de connaissances. Je ne me sens pas non plus défenseur d’un mouvement en particulier. Effectivement je parle beaucoup de passion et de rage. La rage qui n’est pas forcément quelque chose de colérique. Quand je parle de folie c’est pareil. Je pense tous qu’on a une espèce de rage en nous. Une boule qui peut éclater d’une belle manière ou un peu moins belle selon les personnes et les vies qu’ils ont. 

Superbe est un média qui parle de culture urbaine française et de sapes françaises, est-ce que pour toi le style vestimentaire est important dans la représentation de ton art ?

Aujourd’hui en 2019 dire le contraire serait un peu paradoxale. J’ai aussi vu des mecs qui ne ressemblaient à rien me mettre de grandes gifles en rap. Donc ça ne veut rien dire. Par contre je suis dans la vie de tous les jours quelqu’un qui adore la sape, et de plus en plus. Forcément, étant quelqu’un qui a une autre passion pour l’image, en général, que ce soit la photo, la vidéo, le dessin. Oui, je prends un kiff à me mettre bien dans l’image que ce soit par une réalisation réfléchie comme sur « BPM » par exemple. On n’est pas habillés d’une certaine manière, on rentre dans un rôle. 

Comme du costume.

Complètement et il y a une réflexion en faisant ça. Ça donne des repères à la personne qui regarde, lui permet de rentrer dans un univers. Et la partie costume peut m’intéresser autant que la partie lifestyle.

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Est-ce que toi tu aurais 3 marques françaises qui te matrixent ?

Il y en a une que j’ai envie de citer en premier, que j’ai découvert il n’y a pas si longtemps que ça. Il y a un an ou deux. Les personnes qui gèrent cette marque sont devenus des amis. C’est North Hill sur Paris. Ils ont plus une démarche éco-responsable. Les mecs se prennent la tête à développer du concept et de la bonne idée pour bien faire les choses, et vendre leurs produits dans le sens de la bonne manière. Cependant je pense que la plupart des marques françaises que je mets actuellement ne sont pas françaises. On peut citer CO//LAB, qui ont bossé avec des compositeurs. Et une dernière, R-Nation, j’aime bien leur travail, leur manière de se présenter. Evidemment il y a aussi Château Voyou, de Toulouse. Ils se font encore discrets mais je pense que vous allez entendre parler d’eux rapidement !

Le média s’appelle Superbe, en quoi Fadah #CESTSUPERBE ?

Allez écouter et vous verrez pourquoi.

Un dernier mot ?

Furieux sort à la rentrée, le 4 octobre. J’y ai mit du cœur, de la passion, beaucoup de sueur et beaucoup d’heures de sommeil donc c’est surtout ça.

Crédit photos / propos recueillis par : Ill’Yo Superbe 

FADAH FURIEUX #CESTSUPERBE