Manast LL’, basé entre Orléans et Paris a su être prolifique ces dernières années. Auparavant signé chez Kitsuné Musique, il a ensuite créé le collectif La Ligne Bleue Records qui officie aussi en tant que label. Manast LL’ a su se faire une place dans le paysage musical français, avec la particularité de s’exprimer en anglais, langue dans laquelle il se sent le plus à l’aise. En passant par ses motivations, ses expériences et ses convictions, il nous parle de sa vision de la musique. Rencontre avec…

Salut Manast LL’, comment vas-tu ?

Ca va bien, du mal à démarrer ce matin (rires) !

Peux-tu te présenter aux lecteurs de Superbe qui ne te connaissent pas ?

J’ai eu 25 ans cet été, depuis l’âge de 9 ans je fais de la musique et je viens d’Orléans. J’y suis né et j’y ai grandi. En 2013 je suis venu à Paris et s’en sont suivis des allés et retours entre la capitale et Orléans. J’ai été signé chez Kitsuné Musique pendant un moment. Maintenant je suis sur notre label que nous avons créé tous ensemble : La Ligne Bleue Records.

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Pourquoi t’appelles-tu Manast LL’ ?

LL’ c’est vraiment un mantra. Je suis quelqu’un qui est vite submergé par les situations qui se passent autour de moi. Je peux vite me prendre la tête donc LL’ c’est “Live Love” dans le sens ou j’essaye de toujours rester positif, de chercher à comprendre pourquoi une situation peut être comme elle est. J’ai enchaîné les surnoms trop inspirés de groupes que j’aimais et je voulais vraiment en trouver un qui soit vraiment le mien. “Manast” et c’est juste la contraction de “Maniac And Nasty”.

Tu es chez Ligne Bleue Records, avant tu étais chez Kitsuné Musique, quels ont été les changements entre ces deux familles ?

Je ne pense pas qu’il y ai eu de changement radical, car Kitsuné Musique n’était pas ma famille. On s’entendait bien, on s’est entendu sur des idées de projets mais ce n’était pas des gens que je connaissais, avec qui j’ai grandi et évolué. Ils me voyaient uniquement par la musique, ils ne connaissent pas vraiment ma vie. Avec La Ligne Bleue Records on est ensemble depuis 4 ans pour les derniers, voir 15 ans pour ceux que je connais le mieux. C’est ça une vraie famille, ce sont les gens qui m’ont toujours maintenu. Avec Kitsuné Musique j’avais un contrat, il a été rempli, et je n’avais pas nécessairement envie de le prolonger. De plus j’avais très envie de créer mon label, on étaiT tous ensemble, et on a fait quelque chose. Le fait d’être indépendant, libre de l’être, et fier de l’être et de pouvoir le dire dans mes morceaux, à mes parents, aux gens en général, c’est une fierté.

Est-ce que le fait d’être à Orléans vous permet d’avoir le recul nécessaire pour ne pas être submergé ni aspiré par l’énergie parisienne ?

Oui, notre regard est différent. Nous n’avons pas grandi avec les mêmes codes ni le même genre de situations qu’à Paris. Paris est très beau, mais parfois aussi vraiment superficiel. Je suis content d’être né et d’avoir grandi à Orléans. C’est plus propice à réfléchir correctement sans trop de futilités.

Lorsque l’on écoute ta musique, la première chose qui est évidente est que tu rappes en anglais, est-ce un véritable choix artistique, ou est-ce venu logiquement ?

J’ai grandi en écoutant que du rap américain. Je connaissais le rap français mais ne l’écoutait pas. J’ai toujours fantasmé sur les Etats-Unis, leur style de vie. C’est peut-être que je me sentais plus proche de cette communauté de noirs, que des noirs en France. Je me sentais plus proche d’eux que ce que je voyais autour de moi. Quand j’ai commencé à bidouiller des trucs entre 9 et 11 ans, j’ai été influencé par les Etats-Unis. En grandissant, je me suis rendu compte que ça pouvait paraître bizarre de rapper en anglais mais je ne me suis pas posé de question, ça s’est imposé comme ça. Ca a été assez difficile pendant un moment parce que les gens en France trouvent ça un peu étrange et je les comprends car ce n’est pas habituel. Aujourd’hui je suis content car en ayant voyagé je me rends compte qu’en le faisant bien comme je le fais (ma musique a beaucoup évolué au fil du temps) j’ai compris que je pouvais toucher plus de gens. Je parle une langue comprise dans le monde en entier. Lorsque je vais aux Etats-Unis et que je fais des featurings, c’est fluide ! Même si maintenant les américains écoutent plus ce que les français font qu’avant.

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Ton “Retarded EP” est sorti il y a peu près un mois, est-ce que tu peux nous parler de l’intention de ce projet ?

Je me prends moins au sérieux. Avant je n’arrivais pas à rire de moi. Je le dis dans “See Me Pull Up” au deuxième couplet : “Weed strong shot of rum
Collapsed like a bitch cause of the heat and the sun, Almost threw up but i kept it inside, Laying on the pavement cause we chillin outside”. En fait, un jour j’étais au studio et je n’avais pas manger, j’ai bu un shot de rhum, fumer de la weed et j’ai fait un bad trip. Ce genre de trucs je ne l’aurai jamais raconté dans un texte il y a deux ou trois ans. Alors que ça arrive à tout le monde. Je m’en fous finalement. Ce projet c’est ça. Comme un petit démon qui parle. Je me taille mais taille aussi les autres. Denzel Macintosh je l’adore car c’est vraiment un bon gars et il est trop drôle. Il ne se prend pas la tête. C’est ce que me procurent ses instrumentales. Il m’a fait sortir de ma zone de confort car ses morceaux sont particuliers en termes de sonorités. En plus personnellement le gars est comme ses instrumentales. C’est vraiment ça l’intention du projet, s’en foutre. Deux ou trois américains sont venus me voir, dont un qui a laissé un commentaire qui disait : “This is not going to help you increase your fans“. En gros, ça ne t’aideras pas à avoir plus de fans si tu te moques des gens qui ont des problèmes manteaux. En effet, le mot “retarded” aux Etats-Unis est un peu connoté. C’est comme quand un gars écoute une instrumentale et qu’il dit “this beat is retarded”. C’est fou et vraiment con mais en même temps il y a des sentiments. Ce sont des sons vraiment romantiques. Au final, je trouve que dans ce projet je suis beaucoup plus honnête par rapport à moi même.

Tu as pris de la maturité.

Je remarque que beaucoup des gars que j’aime font passer un discours mature à travers de l’humour. J’ai grandi avec ça. Même encore maintenant.

On a remarqué que ton style vestimentaire faisait partie intégrante de ton approche artistique, peux-tu nous en parler ?

La réponse simple est que je suis congolais. Mon père est congolais. Je pense sincèrement qu’il y a cette partie congolaise. C’est culturel. Ca fait parti du personnage dans la musique. Les musiciens et les artistes ont toujours un style propre à eux. C’est important parce qu’ils le véhiculent dans leur art et aussi dans ce qu’ils portent. Tu ne peux pas vraiment te vanter dans ton rap si tu n’as pas de style ou pas de flow. C’est un peu con. Tu te fous de la gueule des autres, tu te compares, mais c’est le jeu. C’est comme avec les grillz, le but n’est pas de les payer peu cher. Tu ne peux pas rechigner quand tu achètes un bijou, ce n’est pas un chiffon que tu achètes au marché. Surtout que dans le fond, le créateur réalise une vraie pièce d’art. Les grillz, les bagues, les chaînes… Il faut respecter le mec qui te vends son objet. Tu ne peux pas dire j’ai acheté un grillz qui était discount, ça sonne faux.

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Superbe est un média promouvant la culture française, est-ce que tu pourrais nous recommander 3 marques qui te font kiffer en France ?

C’est que des potes à moi. J’aime bien MINO, Enfant Du Cartel…

En quoi MANAST’LL #CESTSUPERBE ?

Très bonne question. #CESTSUPERBE parce que ça s’écoute tranquillement. C’est subtile.

Un dernier mot, message à faire passer ?

Toujours croire en ce qu’on fait et savoir s’écouter. Faire le travail nécessaire pour avoir confiance en soi, écouter ses gars mais aussi s’écouter soi-même. Arrêter de vouloir écouter ce que tout le monde raconte pour ne pas se déconcentrer de l’essentiel à savoir être centré sur soi. Enfin, ne pas mettre de sentiments dans le business.

MANAST LL’ RETARDED EP #CESTSUPERBE