MOULOUD MANSOURI a passé dix ans en prison pour trafic de stupéfiants. En 2008, il monte le projet HIP HOP CONVICT avec son association FU-JO et oeuvre dans les prisons de France en programmant des concerts d’artistes français tels que M, OLIVIA RUIZ, CALI, BENABAR, DIAM’S, GRAND CORP MALADE, LA RUMEUR, JOEYSTARR, CUT KILLER, SOPRANO, ALONZO, SEXION D’ASSAUT, L.E.J, NEKFEU, OXMO PUCCINO, DISIZ, NISKA, GEORGIO, KAARIS, NIRO… Au total c’est plus de 300 artistes de différents styles musicaux, qui se produisent en prison.
Aujourd’hui l’association fête ses dix ans en organisant un concert évènement (acheter sa place ICI) avec
 NEKFEU & S-CREW, GEORGIO, DINOS, CUT KILLER, PHENOMENE BIZNESS, LUXELe mardi 20 février à la Salle Pleyel à Paris. L’occasion parfaite pour échanger quelques mots avec le fondateur de l’association FU-JO. RENCONTRE AVEC…

… MOULOUD MANSOURI, comment vas-tu ? Pourrais-tu te présenter aux lecteurs de SUPERBE MEDIA qui ne te connaitraient pas ?

Je suis MOULOUD MANSOURI,  directeur et fondateur de l’association FU-JO, qui organise des concerts principalement dans les prisons.

Qu’est ce qui t ‘as poussé à revenir pour la première fois en prison ?

Je me suis rendu compte pendant mes années d’incarcération, qu’il y avait un manque énorme de culture dans les prisons. Quand je suis sorti, je me suis rapidement dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour mes potes qui étaient restés à l’intérieur. J’ai monté une première tournée des prisons quelques mois après ma sortie. Ca a fonctionné, alors on a enchainé et on fête aujourd’hui les 10 ans d’action. 

Il y avait une nécessité de faire ces actions, je savais le faire et j’avais un relationnel avec les artistes.

Quelle est la signification de FU-JO ?

J’ai monté cette association en 1996 avec un pote qui s’appelait JOHN. C’est une contraction du groupe de rap, les FU-SCHNICKENS et JOHN, pour ceux qui ont une culture rapologique de l’époque. J’ai toujours été dans le rap et tout ce que je fais est hip-hop.

Lors de ta détention entre 1999 ET 2008, qu’elle a été l’importance de la culture hip-hop ?

Elle m’a sauvé de la dépression carcérale et de la folie carcérale. Elle m’a permis de rester les pieds sur terre, de garder la tête froide et de m’évader quand j’en avais besoin. En gros elle m’a sauvé la vie. Elle a donc une place énorme dans ma vie carcérale.

Est-ce que la culture hip-hop est très présente en prison ?

Complètement ! Quasiment toute la jeunesse dans les prisons écoute du rap. Il faut savoir que la prison est un concentré de ce qui se passe à l’extérieur. Donc il y a énormément de rap !

Comment s’est passé le premier concert que tu as organisé en prison ?

C’était en 2008 et j’avais décidé d’appeler les artistes du moment, à savoir, MÉDINE, TUNISIANO (SNIPER) & SAT (FONKY FAMILY). Je leur ai expliqué le projet, puis j’ai monté une tournée en quelques mois. J’ai accompagné le projet et les artistes jusque devant la prison, mais malheureusement je n’ai pas pu y rentrer, donc je ne peux pas réellement te dire comme ça s’est passé à l’intérieur, car je n’y étais pas !

Crédit photos : Anouchkashoot.

Qu’est ce qui te pousse, te motive encore à continuer de faire ces concerts en prison depuis maintenant plus de 10 ans ?

C’est de voir l’accueil que l’on y a et de savoir le bien que cela fait aux détenus. Ils sont très chaleureux et nous remercient lors de nos venues. Et puis comme dirait KERRY JAMES : « Si je ne le fais pas, qui va le faire ? » .

Les prisons françaises sont au coeur de l’actualité française ces dernières semaines. Quels sont pour toi les principaux problèmes en prisons ?

On a beaucoup parlé des prisons françaises pendant 10 jours. Mais on ne va plus en parler pendant 1 an et c’est comme ça chaque année. Tous les ans, il y a un passage médiatique sur les prisons lors duquel tout le monde vas s’intéresser aux problèmes des prisons françaises qui existent depuis toujours et continueront d’exister. Les prisons c’est comme les cités. Les cités ont été construites sur un schéma qui ne pouvait pas marcher et pendant des années on a mis des couches de peinture pour repeindre les blocks des cités, mais les problèmes sont toujours là ! Alors on s’est rendu compte qu’en faisant autrement, ça pouvait peut-être marcher, et on commence à détruire les cités. Mais ces actions ne se sont pas encore passées en prison où rien n’évolue. En réalité, les prisons françaises n’ont pas changé depuis des années et cela va en s’empirant. Il faudrait faire comme pour les cités : détruire les prisons ainsi quele système carcéral et tout reprendre à zéro. Il faudrait aussi que ceux qui ont le pouvoir, appellent des associations comme FU-JO pour commencer à travailler avec, au lieu de les ignorer. Les problématiques sont simples : « Qu’est ce qui pourrait fonctionner ? », « Comment penser la prison autrement ? », « Comment faire évoluer le système carcéral ? », « Comment protéger la société des détenus qui sortent ? ».

Si les personnes haut placées me lisent, qu’ils appellent les gens comme nous, qui sont sur réellement sur le terrain et motiver pour faire bouger les choses.

Depuis plus de 10 ans que tu travailles dans les prisons, tu n’as jamais été approché concrètement par les institutions pour travailler de telle ou telle manière ?

Non, on ne m’a jamais appelé pour penser la prison autrement. Ni encourager pour continuer les activités que l’on fait. Malgré les différents projets, dont deux projets historiques sur lesquels nous avons invité la ministre de l’époque, Madame CHRISTIANE TAUBIRA, personne n’a pris la peine de s’intéresser à nos actions. Voilà où on en est la France aujourd’hui.

Le rappeur marseillais ELAMS a posté, en janvier 2017, un clip sur Youtube entièrement tournée à l’intérieur d’une prison. Est-ce un problème ? Le rappeur n’a-t’il pas mis la lumière sur l’un des problèmes majeurs de la prison ?

Moi j’ai rigolé ! C’est bien fait pour eux ! Lors de notre projet « Shtar Academy », nous avions la volonté d’aller tourner dans la prison d’Aix-en-Provence qui est à proximité, et ils nous ont refusé l’accès, bien que nous ayons un scénario, une équipe professionnelle, une relecture de la part de l’administration pénitentiaire, etc… Mais ils n’ont pas voulu. Nous sommes donc allés tourner dans une prison de la région parisienne. Quelques temps après, ELAMS fait son clip réalisé au smartphone. J’ai aimé. J’ai alors appelé la prison qui nous avait refusé l’accès pour leur passer le message suivant : « Quand on interdit quelque chose, il se passe quand même mais différemment et vous ne le contrôlez pas ».

Comment as-tu travaillé la programmation de la soirée du 20 février « HIP HOP CONVICT » ?

J’en ai parlé à NEKFEU lors de sa venue pour un concert dans une prison de Toulon en septembre dernier et il a accepté. Il était disponible sur le premier semestre 2018, j’ai donc avancé sur le projet et fait le tour des salles. Le Trianon a refusé car c’était un concert de rap. Je suis alors aller visiter la salle Pleyel à laquelle je voulais rajouter un symbole en plus de cette date anniversaire des 10 ans, en étant les premiers à faire un concert de rap dans cette salle. NEKFEU a ensuite validé la date du 20 février, puis GEORGIO, DINOS, CUT KILLER, etc.. que j’avais également contacté en amont ont tous confirmé. Concert dans l’urgence donc, et maintenant on doit vendre des places rapidement (acheter sa place ICI) !

Crédit photos : Reeko.

Crédit photos : Fifou.

Crédit photos : DR.

Crédit photos : N’Kruma.

Crédit photos : Ojoz.

Avec cette date, tu fêtes donc les 10 ans du projet. Qu’est ce que cela signifie pour toi ?

On en a fait du chemin. On a réalisé de beaux projets en réunissant beaucoup d’artistes de tous horizons. Les artistes répondent toujours présents 10 ans après, avec de vrais valeurs. Tant que l’on aura la force, l’énergie, les moyens et le soutien des artistes, on continuera d’aller dans les prisons. En espérant que les 10 ans ne soient pas la fin, mais une étape !

Vos prochains objectifs ?

Continuer à faire une belle programmation. Refaire NISKA, ALBAN IVANOV, etc… J’aimerais faire un concert de JUL en prison car le mec cartonne à l’intérieur. BOOBA également ! Je suis sûr qu’après une discussion avec BOOBA, il viendrait en prison. Ce serait un évènement si on arrive à le faire. Ce serait bien pour tout le monde.

Derniers mots ?

Pour le concert du 20 février à la Salle Pleyel, il est important que tu viennes et que tu achètes ta place (acheter sa place ICI). Si tu penses que notre projet est nécessaire, alors soutiens-nous. Surtout que le concert va durer plus de 3h30 dans une salle magnifique.

Propos recueillis par @Hector Sudry Le Dû.

HIP HOP CONVICT #CESTSUPERBE