Il vient de sortir son premier Street-Album intitulé LEXINGTON. Une case de plus cochée dans sa carrière de pur bboy. Avec une musique aussi “rue” que sa danse et son parcours dans la culture hip-hop, le rappeur français, membre du SEINE ZOO RECORDS se livre sur son parcours et son évolution artistique en exclusivité pour SUPERBE MEDIA. RENCONTRE AVEC

LUXE,  bienvenue chez SUPERBE MEDIA ! Comment vas-tu ? Tu présentes ton premier Street-Album intitulé LEXINGTON. Dans quel mood es-tu ?

Je me sens super bien. C’est le fruit de beaucoup d’années de boulot ! Aussi bien entre le travail direct sur le projet et tout le travail en amont. Je suis très content d’être là !

Pourrais-tu te présenter aux lecteurs de SUPERBE MEDIA qui ne te connaîtraient pas ?

Moi c’est LUXE aka NASTY YASS mais aussi plein d’autres aka que je garde pour moi pour l’instant. A la base je suis un bboy et je suis toujours un bboy. J’ai fait le gros de ma carrière en tant que bboy et depuis récemment je suis dans la musique sous le nom de scène de LUXE.

Pour commencer, d’où sort ton blaze ?

C’est une pure coïncidence. C’était à l’époque ou j’habitais à Harlem. Un jour je suis descendu à l’épicerie et son gérant avait vu une meuf super fraîche passée. A partir de là, il me fait un signe en mode dédicace et je rigole ! Le lendemain je repasse à l’épicerie, défoncé. Il me reparle de la meuf de la veille et me dit que la meuf était « All Luxe Out ». Là, j’hallucine complètement sur l’expression ! Il continue et me dit que je viens de Paris et que le LUXE ça vient de chez moi ! Je lui dis que justement on appelle ça avec le même mot, LUXE. Ensuite je repasse encore le lendemain et il m’appelle LUXE encore et encore. Et depuis c’est resté !

Et si je te dis NASTY YASS, tu dis quoi ?

C’est mon blaze de breaker. Et ça à jamais. C’est comme ça que la plupart de mes amis me connaissent et c’est comme ça que j’ai fait mes armes dans le break.

 Tu as un parcours bien particulier dans la culture hip-hop, car tu es dedans bien avant de rapper. Peux tu nous détailler ton histoire ?

J’ai commencé par le graffiti un peu avant mes 10 ans. J’ai eu la chance d’avoir été conseillé de gens comme KONGO (MAC CREW) de Bagnolet, j’allais aussi beaucoup au festival de graffiti KOSMOPOLITE, là bas j’y ai aussi rencontré pas mal de mecs que j’ai rencontré par la suite à New-York. Notamment la division graffiti de TERROR SQUAD, le TATS CRU mais aussi NICER un des gros graffeurs du Bronx… Je suis allé les voir et très tôt je leur ai demandé des conseils. Puis après je me suis mis au break, que j’ai contemplé pendant près de 2 ans avant de m’y mettre, puis je me suis mis au break dans le 95 vers mes 13 ans. J’étais très nul et j’ai commencé de zéro, tout comme avec le graffititi et le rap. J’avais juste la dalle et l’envie de faire les choses bien et petit à petit je suis devenu fort. J’avais beaucoup de choses à prouver et ça m’a surement permis d’atteindre des sommets qui étaient peut-être inaccessibles. J’ai eu la chance de danser avec les meilleurs, dont certains d’entre eux que tu vois ici aujourd’hui !

Justement, peux-tu nous présenter les gens qui sont autour de toi aujourd’hui (cf. interview vidéo) ?

OSCARITO, qui est mon putain de dj. Pour moi c’est l’un des meilleurs djs du monde même si ce n’est pas le plus connu. A chaque fois que je l’écoute mixer, j’apprends des choses sur la musique même quand c’est moi qui lui propose de mixer des morceaux que je connais par coeur. C’est le seul dj que j’ai vraiment vu faire ça avec une légende, DJ JAZZY JAY (ZULU KINGS) et pour moi OSCARITO c’est le nouveau JAZZY JAY. Même si aujourd’hui en 2018, la place du dj n’est plus la même que dans les années 70/80, elle est toujours super importante. En tout cas, chez nous, c’est super important ! OSCARITO et moi on s’est connu très tôt et il était beaucoup plus fort que moi, il breakait depuis longtemps et on beaucoup appris ensemble. D’ailleurs quand j’ai déménagé aux USA, 2 ans après il m’a rejoint. OSCARITO vous pourrez le retrouver sur scène avec nous et il fait aussi parti de READY TO ROCK, notre crew dans le Bronx.

FENIX, danseur, breaker, chorégraphe, mannequin, designer (un des créateurs de la marque DEFEND PARIS). On s’est rencontré un peu après moi et OSCARITO. J’ai eu la chance de faire partie des personnes qui l’ont poussé vers le haut. Très vite on est devenu des frères. On a retourné les states ensembles, on a tout fumé… Il a commencé à faire partie de READY TO ROCK. Mais au delà des blazes et des crews, ce qui nous unie, ce sont des liens fraternels… On a voyagé ensemble, j’ai eu aussi des vrais galères dans ma vie au delà de la culture hip-hop et c’est encore ces mecs là qui m’ont ramassé quand moi je ne pouvais pas être à la hauteur. Mais ne te méprends pas, au delà des liens fraternels, ces mecs là sont prêts à fumer n’importe qui ! J’ai beaucoup de chance.

REEMCAT, c’est un jeune breaker de Bordeaux. On ne partage pas de groupe, mais c’est l’un des meilleurs breakers de la nouvelle génération et qui a un état d’esprit hip-hop dans le sens pur du terme. Il avance dans la spiritualité en lien avec son art !

Tu fais parti des ZULU KINGZ, le premier groupe de la culture hip-hop. Peux-tu nous en rappeler les principaux principes et ce que cela représente pour toi ?

ZULU KINGZ, 1973 est le premier groupe qui n’a jamais existé dans le hip-hop. Le concept de groupe dans le hip-hop a été créé par ZULU KINGS. Ce sont les 5 premiers, dont POW WOW,  l’un de mes mentors personnels fait parti et qui ont aidé AFRIKA BAMBAATAA a arrêté la guerre des gangs dans le Bronx. Au niveau des valeurs, c’est quelque chose de différent, car la ZULU NATION est une entité séparée des ZULU KINGZ, dans le sens ou les ZULU KINGZ, le crew, existait avant la ZULU NATION. Personnellement je ne fais pas parti de la ZULU NATION. Je me suis donné les moyens de faire Mes recherches, j’étais sur place, j’ai trainé avec les anciens etc… Aujourd’hui ZULU KINGZ est un crew qui est international, avec des frères partout dans le monde. Pour moi c’est un honneur suprême d’en faire parti et c’est l’une des meilleurs choses qui me soit arrivé dans la vie. Ça a ouvert mes perspectives de manière presque indéfinissables. Quand j’arrive en battle c’est plus la même chose. Les mecs de ZULU KINGZ étaient mes héros sur mes VHS étant petit, et maintenant je suis côté à côté avec eux, eux qui sont de véritables titans. Ils ont fini par me passer la couronne, et c’est un grand honneur.

Est-ce que le fait de faire parti de ce groupe là, te permet aussi de dépasser les frontières en tant qu’artiste ?

C’est vrai. Après en tant que bboy tu sais qu’on a pas la barrière de la langue. On se connecte au delà de ça. Donc cette dimension internationale est possible pour tous les bboys. Moi en tant que ZULU KINGZ j’ai des attaches un peu partout. Par exemple je ne suis jamais allé au Japon, mais je sais que j’ai plein de frères là-bas. Je ne suis jamais allé non plus en Corée, mais je fais partie d’un groupe là-bas qui s’appelle RIVERS CREW et dont je suis le seul à ne pas être coréen !

Le mot BBoy, est l’un des mots que l’on retrouve le plus souvent dans ton Street- Album, avec également le mot Bronx. Quel serait ta définition d’un vrai Bboy ?

Je vais commencer par la phase égo-trip : « Pour chaque BBoy, tu es ta propre définition du BBoy ». C’est à dire que si tu me demandes ma définition, je te dirai regarde NASTY YASS. Après un BBoy, c’est un mec qui break bien, qui sait où breaker et quand breaker. Après au delà de ça, tu as aussi les connections avec les autres éléments. Les standards de qualité ont changé pour ce qui est de la masse des bboys, mais si on parle de l’élite, tu ne peux pas en faire parti, si tu ne sais pas tagueur ton blase avec style, cracher un couplet, etc… Faire parti de ce truc, pas parque ce qu’il faut le faire, mais parce que ça fait partie de toi. Maintenant le mot hip-hop est tabou pour beaucoup de gens. Beaucoup de personnes l’entendent et voient en ce moment une connotation négative, comme un mot poussiéreux. Mais la vérité c’est quoi ? … C’est que quand ces mec là seront partis, le hip-hop existera encore !

Justement dans une interview pour le magazine ROLLING STONE sortie il y a 3 ans, que tu avais d’ailleurs donné avec FENIX, aujourd’hui présent avec nous, tu disais : « Je break en tant que protecteur d’une tradition ». Tu peux nous expliquer ce que cela signifie ?

C’est encore plus important en 2018 qu’en 2015 (quand l’interview est sorti). Cela signifie, qu’il y a une tradition à perpétuer. La réalité c’est qu’un chat reste un chat. Les choses sont telles qu’elles sont. Le break c’est le break. Et il faudra toujours qu’il y est des mecs qui soient là pour montrer cela. Moi je fais parti de ces mecs là. Je porte le flambeau. De part tout le charbon que j’ai fourni dans ma vie, je le dis sans aucune retenue, je suis un des derniers et parfois je me sens même être le dernier. Après ce n’est pas un travail que je fais solo, je ne serais rien sans mes frères autour de moi qui m’ont donné les infos, qui m’ont aidé, qui m’ont inspiré… Mais j’ai une certaine mission, comme tous  les artistes. Je suis donc le protecteur d’une tradition. Je me souviens d’ailleurs d’un mec qui s’appelle JUMPING BIN,  un breaker qui n’est pas connu mais qui pour moi est un des TOP 5 à NYC et j’ai recompté là-bas quand j’avais 16 ans ! Un jour on faisait des shows de rue pour gagner des sous, et il m’a posé cette question: «  Pourquoi tu breakes ? », j’ai répondu : « Je breakes parce que j’aime ça », il m’a alors répondu « Tu mérites mieux , moi je breake pour que ça continue, je breake sur le béton à NYC qu’il y est de l’argent ou non, parce que tous ces touristes qui convergent à NYC car c’est le centre du monde, quand ils viennent il faut qu’il voit le break tel qu’il est censé être fait. Moi je suis là pour ça !. Tant qu’il y aura des mecs comme moi, le break ne sera pas mort ! »

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Propos recueillis par : @Hector Sudry Le Dû.

Réalisation vidéo & crédit photos par : @FlooxStudio.

LUXE “LEXINGTON” #CESTSUPERBE