L’homme est solide. Son parcours de vie, sa longévité dans le rap et son ancrage dans son quartier font de lui, l’un des exemples à suivre dans le paysage du rap français. Avec la sortie ce jour de son dernier album solo « C’EST LA STREET MON POTE », l’artiste du 93, conclut artistiquement une année 2018 bien chargée.  RENCONTRE AVEC l’un des piliers du rap français…

… MAC TYER, Comment vas-tu ? Pourrais-tu te présenter aux lecteurs de SUPERBE MEDIA qui ne te connaitraient pas ?

Ca va ! Moi c’est MAC TYER, j’ai environ quinze années de carrière. J’ai commencé en groupe avec TANDEM. Depuis 2006, j’ai commencé mon aventure en solo. J’ai fait beaucoup d’albums, j’en suis à mon dixième projet (en comptant PATRIMOINE DU GHETTO). Je me suis décidé à lancer il y a peu prêt un an, marque de prêt à porter de luxe. La marque est entièrement fabriquée à Paris. C’est une nouvelle aventure dans laquelle j’apprends beaucoup de choses. J’ai toujours aimé la mode depuis les années 2000. Je me rappelle qu’à l’époque lorsque je portais des marques de luxe, on m’insultait un peu. Aujourd’hui ça c’est bien démocratisé. Je sens qu’aujourd’hui j’ai la possibilité de réaliser des rêves. On a toujours rêvé de réaliser des projets ambitieux avec une réelle vision. Aujourd’hui on en a la possibilité et on n’oublie pas nos rêves des années d’avant. La marque est très inspirée par les années 90, inspirée par le Japon,  géométrique comme la ville de New-York. C’est très hip-hop. Je suis en plein développement et je suis content.

Tu te prénommes Socrate. Quel est la signification de ton blaze MAC TYER ?

MAC TYER est un nom que j’ai trouvé quand j’étais en quartier disciplinaire en prison. Je lisais beaucoup de livres. Notamment un livre dont l’un des personnages se nommait ROARY MATHESON dit MAC TYER, et il m’a beaucoup inspiré. C’était un homme loup. On imagine et symbolise souvent le loup en haut de la montagne seul, alors qu’en fait il est solitaire malgré la proximité de ses semblables car il vit en meute. Personnellement je me suis senti très vite seul malgré la proximité de mes semblables, donc je me suis appelé MAC TYER.

Tu es originaire d’AuberVilliers (93), en quoi ton quartier t’a influencé à commencer le rap ?

Le rap est venu à moi par un voisin. Un ancien de mon quartier qui avait des vinyles et des K7 audios de rap et lui n’avait pas le droit d’écouter du rap chez lui, car ces parents étaient religieux. Donc il posait ses disques chez moi et au final j’ai découvert le rap comme ça !

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Tu rapes depuis la fin des années 90 et tu sors, aujourd’hui, en 2018, ton sixième album solo (hors street-album). Qu’est ce qui te motive encore a raper ?

Je pense que c’est la passion. L’envie de vouloir transmettre et cela encore plus aujourd’hui ! Vouloir transmettre des valeurs que j’ai toujours porté dans mes textes. Aujourd’hui encore plus avec une nouvelle génération que l’on voit émerger. Je pense que l’utilité d’exister encore dans ce milieu, je la ressens encore plus avec tout ce que je fais. La planque dans ma cité, tous les jeunes que je rencontre par rapport à ma première marque de sapes. Tous les jeunes qui me demandent conseil quand ils essayent de développer leurs musiques. Mais également avec LA RENTRÉE POUR TOUS, je sens que j’ai une responsabilité. Donc quand je rape, je sens qu’il y a une nécessité de continuer d’être culturel pour que je continue mon rôle à moi. Peut-être que ce n’est pas un rôle adapté pour faire des 500 000 albums vendus, mais je sais qu’il a sa part dans la culture et de l’influence que j’ai chez les petits frères du quartier.

Sort aujourd’hui, ton sixième album solo intitulé « C’EST LA STREET MON POTE » . Un titre plein de provocation teinté d’innocence. Peux-tu nous expliquer ce choix ?

Je n’ai pas chercher compliqué. Souvent quand tous les jeunes venaient à la planque acheter des produits de ma première marque UNTOUCHABLE, je faisais des snaps avec eux et je disais « C’EST LA STREET MON POTE », c’était devenu un gimmick ! C’est lié à ça !

Tes albums sont à chaque fois truffés de featurings, comme avec KERRY JAMES, BOOBA, NIRO, ALONZO, RIM-K, SETH GUEKO, ROCKIN’ SQUAT,etc.. Que des pointures ! Sur ce nouvel album, on te retrouve aux côtés de SOPRANO, KAARIS, YOUSSOPHA, FIANSO… Vois-tu le fait d’associer de nombreux featurings de qualité, comme une signature du style MAC TYER ?

J’ai fait un album tout seul intitulé JE SUIS UNE LEGENDE. Souvent, ça dépend de mes humeurs ! A la base, je suis quelqu’un qui est arrivé dans le rap avec un esprit fédérateur. J’ai toujours ce truc des rapports humains que j’ai avec certains rappeurs. Je sais que je suis un rappeur qui peut appeler n’importe qui et tout de suite les choses se passent. Il y a beaucoup de liens, beaucoup d’amitiés. Par exemple, un mec comme FIANSO, je le connais depuis bien avant qu’il est eut son buzz. KAARIS, je le connais bien d’avant qu’il émerge. Pour C’EST LA STREET MON POTE ce sont des Feat. cohérents que j’ai fait. Pour celui-là, c’est vraiment 93 EMPIRE. A un moment on doit montrer l’exemple, en montrant 3 générations de rappeurs qui représentent le 93. Il fallait tamponner toute cette aventure du 93 EMPIRE que FIANSO à présenter avec l’album. Aujourd’hui, avec des mecs comme YOUSSOUPHA et SOPRANO, on se sent très proche ! SOPRANO, on se connaît depuis très longtemps car il rapait dans les compilations que l’on faisait à l’ancienne avec MAC CREGOR, et il venait chanter avec son pote MINO. C’est une longue histoire. Concernant YOUSSOUPHA, on a une très longue amitié. Personnellement, je n’ai pas beaucoup d’amis dans le rap et YOUSSOUPHA le dit d’ailleurs dans son morceau POLAROÏD EXPERIENCE. Aujourd’hui avec toute la mutation du rap etc… Des artistes comme SOPRANO, YOUSSOUPHA et moi, représentons tous le rap d’une façon différente car nous ne sommes pas les personnages, mais nous avons une humilité et une envie de garder une intelligence dans nos textes, malgré nos formes artistiques différentes. Nos valeurs nous rassemblent énormément.

D’ailleurs, on te retrouve également en Feat. avec RÉMY, peux-tu nous parler de tes rapports avec lui, ton travail à ses côtés et ce qu’il t’apporte ?

On a un rapport de grand frère à petit frère. On est vraiment complice. En studio on se comprend de fou. Dans la vie, je lui donne énormément de conseils. Quand à lui, son expérience de vie m’enrichit énormément car nous ne sommes pas le fruit de la même génération. Je n’ai pas grandi comme lui, donc je prends état d’énormément de choses. On s’apporte beaucoup et bizarrement il y a une fusion entre lui et moi. Ca va au delà du rap. Il y a une réelle amitié. Une vraie confiance.

Parlons également de ce Feat. avec… JOSIANE BALASKO !

JOSIANE BALASKO est une amie que je connais depuis longtemps. La première fois que je l’ai rencontré, c’était au centre des jeunes détenus. Elle m’avait dit cette phrase à l’époque : « Toi t’as quelque chose de spécial ». Cette phrase est restée dans ma tête. Cette phrase a joué un rôle, elle a fait échos dans mon esprit. J’y ai puisé mon énergie pour avancer et me battre. Plus tard dans ma vie, je l’ai rerencontré à plusieurs reprises totalement par hasard et depuis on est resté en contact. Sur ce morceau « MEILLEUR SOUVENIR », j’ai pensé à l’inviter et quand les gens vont entendre le titre, il vont vraiment comprendre.

Ce sixième album solo marque une année riche pour toi, aussi bien d’un point de vue musicale, que d’un point de vue mode. Tu apparais notamment sur l’album 93 EMPIRE concocté par FIANSO dans le titre WOAH. Comment as-tu accueilli ce projet ? Qu’est ce que cela représente pour toi d’en faire parti ?

A la base j’étais particulièrement occupé avec ma marque etc… Dès le début du projet 93 EMPIRE, FIANSO m’a appelé, je suis venu en studio pour écouter les premiers morceaux enregistrés. FIANSO voulait avoir mon avis sur les différents titres. Je l’assistais donc pour la direction de certains titres. Sur WOAH, il y avait du monde en studio, j’ai aimé l’énergie et j’ai décidé de poser direct. Donc j’ai écrit ma partie sur place. Ce n’était pas prévu ! J’ai aimé l’énergie, on était tous ambiancé et les choses se sont faites sans calculs !

Tu es également en plein développement de ta propre marque de vêtements, NTUCH. Chez SUPERBE MEDIA nous parlons exclusivement des créateurs français. Quelle est ta volonté en créant NTUCH (d’ailleurs une référence direct à ton album UNTOUCHABLE sorti en 2012) ?

NTUCH est une occasion pour moi de pouvoir exister tel que je l’ai toujours voulu. Aujourd’hui si tu regardes bien, toutes les marques de luxe qui existent depuis pas mal de temps, se retournent vers notre culture. J’ai toujours aimé le luxe depuis les années 2000. Quand j’ai vu les marques de luxe se tourner vers notre culture, j’ai compris qu’il était vraiment temps de faire exister ma marque de luxe avec cette culture derrière ces marques là court. C’est le moment avec toute la légitimité que j’ai de faire cette marque de luxe ! Je m’amuse beaucoup ! Je sélectionne les tissus, je suis inspiré au même titre qu’écouter une instrumentale ou écrire un seize mesures. Maintenant toucher un tissu c’est comme écouter une instrumentale. J’ai la même approche et je kiffe ! Cette aventure me stimule autant que quand j’ai commencé le rap !

D’ailleurs qu’elles sont tes références dans la mode française ? As-tu de réelles influences ?

Il y a LACOSTE. Personnellement, dans les années 2000, je portais du LOUIS VUITTON et j’étais à fond. J’aimais principalement car c’était déjà large. Les français ont toujours aimé les coupes qui sont revenues à la mode aujourd’hui. LACOSTE ont toujours su garder leurs coupes droites etc… Et pour LOUIS VUITTON c’est la même chose. Tu vas chez PIERRE CARDIN et c’est la même chose. La coupe droite c’est la marque de fabrique de la mode française. Aujourd’hui la mode française est en train de réinfluencer la mode mondiale. C’est tout ça qui m’a amené à NTUCH, mais sans que j’en prenne réellement conscience. C’est pendant mon aventure de conception et en commençant vraiment à m’intéressant à la mode, en allant aux expositions (MAISON MARGIELA notamment) que j’ai appris des choses qui m’ont énormément influencé ! Désormais, je m’instruis dans ce que j’aime.

Tu es en étroite relation avec un certain nombre de marques de sneakers, pour ne pas les citer. En quoi la sneaker est-elle importante dans la sphère de MAC TYER ?

Je kiffe trop la sneaker. Pour moi la sneaker, c’est mon humeur du moment. Avec une sneaker, tu arrives à différencier deux personnes, simplement en regardant leurs sneakers et tu peux déjà savoir de quoi tu peux parler avec eux. Par ta sneaker, il y a trop de signaux sur ta personne qui sont perceptibles. Personnellement, je ne peux pas faire d’erreurs sur ma sneaker, car ça peut prêter à confusion sur ce que je suis réellement. Et je pense que vous aussi chez SUPERBE MEDIA , c’est exactement pareil ! Quand j’ai vu vos sneakers tout à l’heure, j’ai su ce que vous vouliez faire comprendre ! Tu vois ce que je veux dire ? Ceux qui ne savent pas tout ça, tu le vois à leurs sneakers (RIRES) !

En quoi MAC TYER#CESTSUPERBE ?

Parfois, il faut arrêter d’être humble en assumant nos acquis. Je pense que mon acquis est d’avoir réussi à transmettre et à garder les valeurs qui m’ont éduqué jusqu’à aujourd’hui ! Pour moi, LA RENTRÉE POUR TOUS est très importante car c’est une manière pour moi de pouvoir exprimer mieux que par des 16 mesures, mes intentions premières. Aujourd’hui, j’essaye, car je sais que le rap  n’est pas suffisant, de transmettre l’entièreté de ce qui habite mon esprit. Tu comprends ? Pour moi c’est mon côté SUPERBE. J’essaye d’utiliser le plus de moyens possibles pour faire des choses SUPERBE.

Un dernier mot ? Un message à faire passer ?

« C’EST LA STREET MON POTE » ! Il faut écouter l’album, le premier morceau notamment car il y a une petite leçon de rap dessus. J’ai choisi une instrumentale qui tourne en trois et donc de ne pas pouvoir raper dessus. J’essaye de montrer vingt ans après, que tu peux raper sur des choses infaisables ! C’est ça le rap !

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Propos recueillis par : @Hector Sudry Le Dû.

Crédit photos par : AGENCE F141 (@FlooxStudio) pour SUPERBE MEDIA.

MAC TYER C’EST LA STREET MON POTE #CESTSUPERBE